Le 24 juin, Julie Masse perdait son père, victime d'un accident d'avion. La jeune chanteuse confiait récemment en exclusivité à notre journaliste Ginette Ravel le grand amour et la complicité qui la lient à sa famille et à ses parents. 7 jours aimerait dédier ce texte à la mémoire de son père.
La jeunesse, insouciante et pressée de refaire le monde, oublie bien souvent celui et celle à qui elle doit la vie... et presque tout le reste. Ce n'est pas le cas de Julie Masse, qui a grandi dans un climat d'amour et de confiance, et n'a pas peur de le dire tout haut.
Comment décrirais-tu ta relation avec ta mère, Julie?
Excellente. Elle est très contente de ce que je fais. Mon père et ma mère sont très près de moi; ils s'informent toujours de mon métier; ils me demandent où j'en suis, etc. Ils enregistrent toutes les émissions où je passe et toutes mes entrevues; ils collectionnent tout ce qu'on écrit sur moi dans les journaux. Ils sont vraiment fiers de moi. Ma mère m'a toujours encouragée à faire ce dont j'avais envie. Si j'avais voulu être psychologue, elle m'aurait dit: "Si tu penses que c'est ce qui est le mieux pour toi, vas-y." Comme je voulais être chanteuse, elle m'a dit: "Prends des cours de chant et, surtout, ne lâche pas."
À mon époque, ce n'était pas toujours bien vu de vouloir faire du show-business. Crois-tu que les parents de ta génération sont plus ouverts?
Il y a eu une évolution, sans aucun doute, sur tous les plans; les gens sont plus ouverts aujourd'hui. Évidemment, ça dépend des parents. Ce n'est pas tout le monde qui a la chance d'avoir des parents comme les miens. Ça doit aussi dépendre de l'éducation qu'eux-mêmes ont reçue.
N'ont-ils pas une confiance illimitée en toi?
C'est vrai. Il règne une grande confiance dans notre famille. Mes parents savent que je suis une étudiante studieuse, qui fonce. Je ne sors pas, je ne "couraille" pas. Si ç'avait été le cas, ils auraient pu réagir autrement.
Trouvaient-ils que tu avais du talent, avant que tu te produises sur disque?
Oui. Ils ont toujours aimé m'entendre chanter. Avant d'enregistrer mon premier album, j'ai chanté à leur 25e anniversaire de mariage; ils étaient très émus. Ma soeur et mon frère ont même pleuré.
Est-ce à dire que ta famille passe avant ta carrière?
Chez nous, on a un grand sens de la famille. Si j'avais dû choisir entre ma famille et ma carrière, il est probable que j'aurais choisi ma famille. J'ai passé 20 ans de ma vie avec eux, et c'est avec eux que je passerai le reste de mes jours. Maintenant, il est évident que ma carrière est aussi très importante pour moi. Je fais mon chemin toute seule dans la voie que je me suis choisie, mais je sais qu'ils sont tous derrière moi. On ne sépare pas la famille, la carrière, les amis.
Es-tu de ceux qui croient que la qualité du temps que les parents donnent à leurs enfants est plus importante que la quantité?
Mes parents travaillaient beaucoup, mais lorsqu'ils étaient avec nous, ils étaient très présents. Ma mère s'occupait beaucoup de nous; elle jouait avec nous. Elle faisait plein de choses dans la maison. Je me rappellerai toujours qu'après avoir fait la vaisselle, comme je me couchais à 8h, elle me lisait quelques pages de Tintin; elle changeait de voix à chaque personnage. C'est un très beau souvenir.
Crois-tu qu'il y a quelque chose de magique dans l'enfance?
Dans l'enfance, oui. Mais, dans la réalité, plus on vieillit, plus on devient réaliste. Nos rêves d'enfant s'évaporent. Lorsque j'étais petite, je rêvais d'être une princesse avec de belles grandes robes. Remarque, encore aujourd'hui, j'aimerais avoir un vrai bal, où tout le monde serait vêtu comme ça. Juste pour le fun de le faire. Ce doit être mon côté enfant qui persiste.
Y a-t-il un conseil en particulier que ton père t'a donné et pour lequel tu voudrais le remercier aujourd'hui?
Dire non à l'alcool et aux drogues. Et ce sera toujours un principe pour moi. La drogue, c'est l'inconnu; je n'ai pas du tout l'intention de connaître ça. Je sais aussi que c'est néfaste pour la santé. J'ai toujours été une fille très sportive: je faisais de la compétition à l'école; je jouais au soccer, au volley-ball. Cela dit, je n'en ai pas du tout contre les personnes qui sont esclaves de la drogue; c'est contre la substance que j'en ai. Elle peut tuer.
À qui dois-tu d'avoir des parents si extraordinaires, Julie?
Moi, je crois à la vie elle-même. Je crois aussi au destin. Je suis sûre que, d'une certaine manière, ce que je vis était tracé d'avance. Il y a une raison d'être à tout ce qui fait partie de ma vie, aux gens que je rencontre, etc. Et j'y attache beaucoup d'importance. Je crois qu'on peut aider son destin en choisissant de faire le bien, et c'est ce que je m'efforce de faire.
Tu me sembles une fille très optimiste...
C'est vrai. Ça doit être en moi. Même que les gens me disent parfois que je souris tout le temps. Il peut m'arriver de me lever du mauvais pied, comme tout le monde, mais c'est très rare. Tu ne me croiras peut-être pas, mais ma mère me dit que je souris même quand je dors... En fait, je suis positive et j'avance. Je veux toujours aller plus loin.
Avais-tu des peurs, des rêves, lors de ton premier voyage à Paris?
Ce qui me faisait peur, c'était qu'on en parle trop ici et que les gens s'imaginent que je suis une vedette là-bas, puis qu'on arrive à Paris et qu'on n'entende pas parler de moi. Je suis positive, mais réaliste. Je n'aime pas qu'on écrive des choses à mon sujet qui ne sont pas vraies. Mes attentes se résument à ceci: je serais très contente si ça pouvait marcher en France. J'y ai d'ailleurs rencontré des gens super-gentils. J'ai fait de la télé, de la radio, des entrevues; tout s'est très bien passé. Maintenant, je me dis que, si ça ne marche pas au premier voyage, ça marchera au deuxième.
Toujours l'espoir?
Il ne faut pas se laisser abattre par un échec. Il faut toujours continuer de foncer. Si on s'arrête aux choses négatives aujourd'hui, on ne pense pas à celles qu'on pourra réussir demain. Pour ma part, je n'en resterai pas là: je veux aussi aller au Japon, en Italie, partout. Je ne m'imposerai certainement pas de limites. C'est déjà parfait que je sois connue ici, c'est évident, mais, comme le dit la chanson de Ferland: "Toujours plus haut, toujours plus loin"... (sourire)
D'où te vient ta grande simplicité, Julie?
De ma mère, peut-être. Je crois que je lui ressemble beaucoup, même physiquement. Ma mère est très simple; il n'y a pas plus simple qu'elle. Elle aime tout le monde. Nous parlions de drogues tout à l'heure... J'avais des amis qui avaient ce problème, ils n'étaient pas des anges, mais, pour ma mère, ce n'était pas important. C'est la personne qu'elle aimait. N'importe qui avait le droit d'entrer chez nous. Tous étaient les bienvenus pour souper, pour coucher, etc. C'est une femme extrêmement ouverte.
N'est-elle pas un peu ton gourou?
(Sourire) Je pense que oui. Notre mère, c'est toujours la plus fine, la plus belle, mais c'est vrai que je l'aime profondément.
Si jamais tu deviens une vedette internationale, penses-tu conserver cette belle simplicité qui te caractérise?
Oui. Je n'ai pas changé depuis mes débuts. Mes amis me voient toujours de la même façon. il faut dire qu'aucun d'eux ne voulait faire le même métier que moi; donc, personne n'envie ce que je deviens. Par contre, ils sont tous très fiers de moi. Ils ont choisi une autre branche: médecin, serveuse dans un bar, etc. Ils ont fait comme moi, en fait: ils ont choisi ce qui les rendait heureux. Tous les métiers sont d'égale importance; il s'agit seulement d'être heureux dans ce que l'on fait, car ce que l'on choisit, c'est pour longtemps.
En terminant, Julie, penses-tu être un jour une aussi bonne mère pour tes enfants que la tienne l'a été pour toi?
Évidemment. Mais on ne peut pas être identiques. Et tout dépend du caractère de l'enfant, aussi. Il y a de très bons parents qui voient leurs enfants mal tourner. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte: l'environnement, les jeunes avec qui ils se tiennent, l'école qu'ils fréquentent, etc. Mais j'essaierai de leur inculquer ce que ma mère m'a transmis: le goût d'une vie saine, le sens de la famille, la sincérité, la générosité et l'honnêteté.
Merci, Julie.
7 jours, vol 2 no 35, 13 juillet '91