Mon plus bel examen de conscience

Dans la vie, je ne regarde jamais en arrière!

La lumière qui brille au fond des yeux de Julie Masse est différente de celle qui s'y trouvait à pareille date, l'an dernier, au moment où la blonde artiste faisait son entrée sur la scène musicale. En effet, les événements survenus dans sa vie personnelle et dans sa carrière au cours des derniers mois l'ont confrontée à des réflexions et des prises de conscience qui dépassent le seul intérêt de chanter.

Julie, tu as maintenant 21 ans. Qu'est-ce que cela représente pour toi?
C'est surtout l'occasion de constater à quel point j'ai veilli rapidement au cours de la dernière année. J'essai de me convaincre que je n'ai que 21 ans, mais je n'y peux rien: j'ai l'impression d'être quelque part entre 25 et 30 ans.

Pour quelles raisons?
Je n'ai jamais mené une vie désordonnée, mais mon métier m'a amenée à adopter une discipline de vie que je n'avais pas auparavant. À 21 ans, tu n'as pas toujours le goût de te coucher tôt ou d'analyser les conséquences de chacun de tes gestes. mais le métier m'a apporté énormément de maturité.

T'arrive-t-il de te remettre en question?
Non! J'ai plutôt l'habitude de ne jamais regarder en arrière. Dans la vie, le seul chemin que j'emprunte et qui me permet d'avancer, c'est celui qui est devant moi. Je laisse le destin jouer son rôle parce que je crois fortement qu'il y a un chemin de tracé pour chacun d'entre nous.

N'est-ce pas une attitude un peu passive?
Non, parce qu'il faut tout de même faire les bons choix. C'est ça, le plus dur. Par exemple, je me dis que, si j'ai réussi à réaliser mon rêve de chanter, c'est parce que j'ai choisi d'y consacrer beaucoup d'efforts et, surtout, de ne jamais perdre mes objectifs de vue. Il y a deux ans, je ne savais pas si j'allais pouvoir faire carrière dans la chanson, mais, tout en poursuivant mes études et en travaillant dans le commerce familial, je prenais des cours de chant et je chantais, accompagnée d'un groupe de musiciens. Aujourd'hui, j'ose croire que je récolte ce que j'ai semé au cours des dernières années.

Ta famille s'adapte-t-elle bien à ton nouveau rythme de vie?
Il a fallu un certain temps à tout le monde pour s'adapter à mes nombreuses absences. Je me rappelle que, l'an dernier, mes parents me disaient: "On ne te voit plus. Prends quand même cinq minutes pour partager avec nous toutes les belles choses que tu vis." Aussi, ma mêre s'en faisait pour ma santé lorsqu'elle trouvait que j'avais les traits tirés par la fatique. C'est typique de toutes les mères, je crois.

De ton côté, comment apprivoises-tu cette nouvelle réalité?
J'adore mon métier et, même si je n'ai jamais rempli un engagement à contrecoeur, je ne cache pas qu'en plusieurs occasions je me suis beaucoup ennuyée de ma famille. J'avais parfois le coeur gros et, pour m'encourager à poursuivre ma route, je relisais une lettre que maman m'a écrite et que je conserve précieusement.

Que dit cette lettre?
C'est une lettre que maman m'a remise l'an dernier. En son nom et en celui des membres de la famille, elle y écrit qu'elle est fière de moi et qu'elle sera toujours là pour m'encourager à réaliser mes rêves. Je la conserve précieusement. C'est une lettre pleine d'affection qui me fait comprendre que, même si je ne suis plus aussi souvent à la maison, je ne suis jamais aussi seule que je le crois parfois.

Quels sont tes ambitions sur le plan personnel?
La femme en moi souhaite un jour se marier et fonder une belle famille, puisque je suis très attachée aux valeurs traditionnelles. Je tiens sans doute ça de mes parents, qui se sont investis avec tout leur coeur dans leurs rôles d'époux et de parents et qui ont réussi à nous communiquer leur goût de l'unité familiale.

Parle-moi de ta relation avec ta mère.
Depuis un certains temps, je suis beaucoup plus portée à me confier à elle qu'avant. J'aime sa grande capacité d'écoute et son ouverture d'esprit. Maman est toujours prête à aider tout le monde. Je lui parle aussi de certaines lettres que je reçois dans le courrier de mon fan club. Son expérience m'est utile lorsque j'ai à répondre à des jeunes qui n'ont pas été aussi choyés que moi.

Qu'est-ce que ces lettres racontent?
Il y a, bien sûr, des mots gentils, mais je reçois aussi des lettres bouleversantes dans lesquelles on me parle de viol, de drogue et de suicide. Parfois, je me demande si j'ai les connaissances requises pour conseiller ces gens. Alors, il m'arrive d'en parler avec des gens qui ont une plus grande expérience de la vie que moi pour savoir comment ils abordent ces questions. Je ne reçois pas non plus que des lettres gentilles. Par exemple, une fille m'a écrit récemment qu'elle avait été déçue par mon attitude lorsque j'ai pris position contre la drogue; elle a pris ça personnellement. Elle m'a écrit que c'était bien facile pour moi de prendre position de la sorte alors que j'avais une belle famille, du succès et que je n'étais pas passée par où elle était passée dans la vie. Je lui ai écrit que j'étais contre la drogue, à cause de ses effets, et non contre les personnes qui en font usage. Ça montre bien que le métier de chanteuse, c'est plus que le simple fait de chanter.

Y a-t-il une lettre qui t'a marquée plus que les autres?
Cet été, une adolescente m'a écrit une lettre qui m'a donné des frissons dans le dos. Son amie et elle m'ont, semble-t-il, croisée dans la rue au début du printemps. Je suis leur idole, mais elles étaient trop timides pour me saluer. Celle qui m'a écrit était tellement contente de m'avoir vue en personne qu'elle a immédiatement invité son amie à passer la nuit chez elle pour écouter ma cassette et pour parler de moi. Cette nuit-là, son amie et elle ont écouté mes chansons jusqu'à 5 h du matin. Le lendemain, la mère de son amie est venue chercher sa fille pour aller à la campagne, et elles sont mortes quelques minutes plus tard dans un accident de la route. La jeune fille m'explique dans la lettre que son amie m'aimait tellement qu'elle a été enterrée avec ma cassette en souvenir du bonheur qu'elle avait eu, la veille de sa mort, de me croiser dans la rue et d'écouter mes chansons jusqu'aux petites heures du matin. Quand j'ai lu qu'elle avait été enterrée avec ma cassette, j'en ai eu le souffle coupé. Jamais de ma vie, je n'aurais imaginé quelque chose de semblable. La jeune fille m'écrivait aussi que, chaque fois que je sors une nouvelle chanson, elle va déposer une fleur sur la tombe de sa copine.

Cette histoire ressemble étrangement à ta chanson Sans t'oublier.
Depuis la sortie de Sans t'oublier, je reçois beaucoup de lettres qui parlent de la mort d'un être cher. J'espère que cette chanson encourage les gens à mordre de nouveau dans la vie malgré leur peine. Mais je sais très bien que ce n'est pas facile. Par exemple, le fait que je sois connue fait qu'encore aujourd'hui des gens m'offrent leurs condoléances à la suite du décès de mon père. C'est dur de vivre avec ça parce que, même si leurs intentions sont bonnes, ces gens me rappellent sans cesse cette épreuve. Dans ces moments-là, je me dis que, si je n'étais pas connue, je pourrais vivre ma peine d'une façon beaucoup plus intime.

Es-tu croyante?
Je suis croyante mais je ne suis pas pratiquante. Je ne vais pas à l'église et ne prie pas. Mon degré de croyance n'est pas aussi élevé que celui d'autres gens.

Ce qui veut dire...
Je ne crois pas qu'il existe un être supérieur qui tire les ficelles. Je crois plutôt qu'au fil des siècles l'homme a joué son rôle et qu'il est responsable de sa propre évolution. Cela dit, j'ai un profond respect pour les gens qui vont à l'église. Mais ça ne me ressemble pas. Je deviens très méfiante lorsqu'il s'agit de religion. Je pense d'ailleurs que, s'il y avait moins de fanatisme religieux, il y aurait moins de guerres.

Dans ce cas, comment définirais-tu ta vie spirituelle?
Je ne peux pas l'expliquer; c'est une démarche que les mots ne peuvent pas traduire. Chose certaine, ne n'est pas par le biais de prières, puisque mes interrogations ne sont jamais d'ordre religieux et que je ne cherche jamais à communiquer avec un être supérieur. Mes interrogations concernent plutôt l'être humain et, notamment, ce qui arrive après la mort. Par exemple, je me demande si mon père peut me voir d'où il est et s'il peut m'entendre lorsque je lui parle. Ce sont des questions comme celles-là qui m'habitent.

Julie, tu viens à peine d'avoir 21 ans; comment vois-tu ta vie?
À mon avis, traverser la vie en ayant la chance de faire quelque chose qu'on aime du fond du coeur, c'est probablement la plus belle chose qui puisse arriver. Et comme la vie me permet de vivre pleinement mon rêve, j'estime que je suis tout à fait choyée.