3 ans après... "ce qui a changé dans ma vie"

Dès la sortie de son premier album, C'est zéro, en 1990, Julie Masse a été consacrée star et, depuis, sa voie professionnelle a été jalonnée de succès. Nous avons ensemble retracé le chemin qu'elle a parcouru en analysant son évolution, aussi bien intérieure qu'extérieure...

Au mois de mars 1990, lorsque la chanson C'est zéro vous a propulsée au rang de vedette, quel âge aviez-vous?
J'avais 19 ans. Le 3 juin suivant, deux mois avant la sortie de l'album Julie Masse, j'ai célébré mes 20 ans.

Puis un autre disque a suivi.
Oui, j'ai enregistré À contre-jour un an plus tard.

Avez-vous changé depuis trois ans?
Je me sens plus à l'écoute de mes émotions. Je dirais même que je me sens plus profonde. Je n'oublierai jamais mes premières entrevues avec des journalistes. Je n'étais pas habituée à me faire poser des questions sur ce que j'étais, ce que je vivais, etc. Le fait d'y répondre m'a amenée à mieux me comprendre. Je dirais même qu'un tel échange m'a permis de grandir.

Avez-vous découvert des facettes de vous-même que vous ignoriez?
On en découvre tout au long de sa vie! Cependant comme certains aspects de notre vie intérieure nous échappent souvent, le fait de se pencher sur soi en compagnie d'une autre personne permet de procéder à une sorte d'auto-analyse. Oui, je me connais de plus en plus.

Dans votre cas, quelle a été la découverte la plus importante que vous ayez faîte?
J'ai découvert que j'ai besoin des gens qui m'entourent. Bien sûr, auparavant, je leur disais que je les aimais, mais, parce que j'ai davantage de maturité et une certaine expérience de la vie, je n'hésite pas à le leur répéter. Et je ne me sens pas gênée de le faire, au contraire.

Au cours de quelle année y a-t-il eu le plus de changements dans votre vie?
C'est drôle que vous me posiez cette question, car je dirais que c'est justement cette année. Je n'ai rien senti de vraiment radical mais il y a eu en moi une certaine évolution d'idées de pensée. Je ne sais pas si c'est à cause de la tournée que j'ai entreprise, mais ce que je vis en ce moment est terriblement enrichissant. Je fais présentement le tour de la province avec mon spectacle intitulé À contre-jour, et je tâte le pouls du public. C'est motivant, si beau, tout cela, que je ne saurais vous le traduire en mots.

Donnez-nous-en une petite idée.
Les gens sont extraordinaires. Tout en travaillant, je m'amuse beaucoup avec eux. Il y a aussi le fait que je prends davantage possession de la scène dans le cadre de cette tournée, qui est la deuxième depuis le début de ma carrière.

Quel bilan tracez-vous des trois dernières années?
Un bilan chargé... mais très positif! J'ai accompli énormément de travail, mais j'ai récolté beaucoup de belles choses. Ce serait de l'ingratitude de ma part que de ne pas être satisfaite du déroulement de ma carrière, jusqu'à présent.

Croyez-vous que votre évolution aurait été identique si vous n'aviez pas exercé ce métier?
La vie a été bonne pour moi. Je pense donc qu'elle aurait continué de l'être si je n'avais pas réalisé mon rêve de chanter. Toutefois, tant de gens ont cru en moi notamment mon gérant, Serge Brouillette - qu'il fallait que ça marche! Si ça n'avait pas marché, je serais probablement sur les bancs d'une université, à poursuivre mes études en biologie ou en psychologie, deux domaines qui me passionnaient. Pour en revenir à votre question, je me serais tout de même engagée à fond, mais dans un but différent. En bon -Gémeaux que je suis, je ne suis pas le genre de personne à entretenir des idées négatives! (rires)

Quel est le plus précieux enseignement que vous ayez reçu jusqu'à ce jour?
Celui de garder mes yeux, mes oreilles et surtout mon coeur largement ouverts sur tout ce qui m'entoure.

Qui vous a le plus aidée dans votre cheminement?
Le public m'a beaucoup aidée, mais ma famille tient un rôle capital dans ma vie. Mes proches sont depuis toujours mes meilleurs guides. Ils me connaissent depuis que je suis née, ils savent mieux que quiconque qui je suis, et je ne peux même pas imaginer ma vie sans leur présence constante et affectueuse. D'ailleurs, la petite fille souriante et gentille qu'ils ont vue grandir aspire à toujours demeurer fidèle à l'image qu'ils ont d'elle.

Quelle a été l'étape la plus difficile à franchir pour vous depuis 1990?
Je n'ai pas toujours vécu un super high, surtout à la suite du décès de papa. Dans ces moments-là, il me fallait canaliser mes énergies. J'y parvenais après m'être mise en harmonie avec la nature, au sortir d'une longue promenade en montagne, par exemple, ou après avoir pratiqué un sport de plein air.

Où puisez-vous votre détermination et, dans certains cas, comme lors de la mort accidentelle de votre père, en juin 1991, votre courage?
Probablement dans mon positivisme inné. D'ailleurs, deux semaines après la mort de mon père, je me trouvais sur scène, en train de chanter. J'en ai pleuré un bon coup, mais, en même temps, avec tout l'amour de ma famille et du public, je ne me sentais pas seule... Bref, j'accueillais la compassion et l'affection spontanées qu'on m'offrait.

Que dirait-il de sa fille s'il était toujours vivant?
Ah! mon Dieu, il serait fier! Je dois dire que c'est lui qui m'a appris le courage en me présentant la vie sous un angle différent, le jour où l'un de mes camarades d'école, au niveau secondaire, est mort. Il m'a fait voir des angles de l'existence que je ne soupçonnais même pas, étant donné mon jeune âge, comme l'éventualité de perdre des êtres chers...

Avez-vous atteint presque tous les objectifs que vous vous étiez fixés?
Dès qu'on atteint ses objectifs, on s'en fixe d'autres. Comme mon rêve de chanter est maintenant réalisé, mes horizons se sont élargis sur le plan professionnel. Il se pourrait d'ailleurs que mes nouveaux objectifs se concrétisent au Japon et en Italie.

Quelles valeurs continuez-vous de véhiculer malgré la transformation qui s'est opérée en vous?
En premier, le respect. Ça me vient de ma mère. Elle m'a appris à ne jamais porter de jugements gratuits sur les êtres humains, qui, me répétait-elle, ont tous quelque chose de bon en eux. Bref, comme maman, je suis positive et je trouve des choses positives chez tous les gens que je croise.

Quelles questions les jeunes filles vous posent-elles le plus souvent?
Elles me posent évidemment des questions sur mon cheminement professionnel, mais elles me confient aussi des secrets sur leurs amis, leurs parents, leurs chums, etc. Elles me les offrent en toute confiance, et, ma foi, c'est précieux! Personnellement, je n'ai souffert d'aucune agression sexuelle, ni de problème de drogue, ni de violence familiale, mais ce qu'elles me racontent me rappelle la situation de certaines de mes copines, au cours de mon adolescence. Je les comprends donc.

À 22 ans, vous sentez vous davantage femme qu'à 19 ans?
Il est certain que le chemin parcouru en trois ans est grand, important, même. Mais à 18 ans, un peu avant le début de ma carrière, j'aimais déjà être proche de mes choses, à la maison, profiter de la tendresse des miens et, en cela, je n'ai pas changé. Ma crise d'adolescence a eu lieu aux alentours de 16 ou 17 ans - avec les sorties en groupes, etc. - ensuite, la maturité s'est vite installée.

Physiquement, vous êtes demeurée fidèle à votre look, n'est-ce pas?
Oui. J'ai toujours adoré les vêtements noirs et j'ai toujours privilégié une certaine longueur de cheveux, à quelques centimètres près. Si on me les coupait, je ne me sentirais plus moi-même. Quant à leur blondeur, c'est la même que lorsque j'étais une petite fille, sauf que je me suis fait pâlir quelques mèches.

Avez-vous toujours eu le même coiffeur et le même couturier?
J'ai un coiffeur attitré depuis seulement un an. Auparavant, je fréquentais divers salons de coiffure. Quant à ma garde-robe, j'aime bien m'habiller chez Johnny Johnny, situé rue Laurier, à Outremont, ou me faire dessiner des vêtements par l'équipe du designer Shan, à Laval.

Julie, à quand votre troisième disque?
Sitôt ma tournée actuelle terminée, je devrais entrer en studio pour enregistrer mon troisième album, qui devrait voir le jour dans un an et demi.


Pour moi, réussir, c'est être heureuse dans ce que je fais et dans ce que je vis tous les jours, au travail, en amitié, en amour, etc. Il y a évidemment des efforts à fournir pour y arriver, mais je suis heureuse actuellement et je compte bien le rester.

Les défauts qui m'agacent le plus sont la mauvaise humeur et l'impatience. Moi, j'aime les gens souriants, polis, ouverts et qui acceptent les autres comme ils sont.

Je me disais qu'il y avait une femme sur dix mille, sur vingt mille qui pouvait réussir dans ce métier. Donc, pourquoi moi? Je n'y croyais pas, mais je voulais travailler dans le monde artistique, sans nécessairement devenir chanteuse. J'y suis allée sans trop y croire, et c'est mon gérant actuel qui, m'ayant entendue quand j'étais choriste, est venu me chercher... Je n'ai pas défoncé de portes. C'est le milieu qui est venu me chercher!

Je suis une femme positive, extrêmement positive.

J'aime beaucoup le silence. Ça fait du bien ça repose l'esprit, ça change de mon milieu de travail. J'aime bien me retrouver chez moi, sans musique... pour retrouver le silence. C'est bon pour la voix, aussi!

Est-ce que la beauté nous rend plus heureux? Non, pas nécessairement! C'est certain que c'est flatteur et touchant de savoir que les gens me trouvent belle, mais ça ne me change pas. Je reste toujours la femme qui a trouvé un métier où elle peut s'exprimer. En amour, je pense que ce n'est pas plus facile. Chaque personne a tellement de valeurs différentes en elle. Qu'on soit beau ou non, c'est surtout l'intérieur qui compte! Il y a d'ailleurs des gens qui n'ont pas un beau physique, mais qui vivent de grandes amours... L'important, c'est de se sentir bien dans sa peau, peu importe qui ce est...

En rencontrant les jeunes et en lisant leurs lettres, j'ai compris qu'il y a des gens qui vivent parfois de sérieux problèmes et que je peux leur venir en aide grâce à ma musique.

Je me trouve très chanceuse d'avoir reçu une éducation fondée sur le respect, l'honnêteté et le sens des responsabilités, et d'avoir grandi dans une famille où régnait l'amour.

Chaque jour, j'apprends un peu plus à vivre avec la réalité que mon père n'est plus là. Ce n'est pas facile, mais ça ne m'empêche pas d'avoir toujours une pensée pour lui.

J'ai l'habitude de ne jamais regarder en arrière. Dans la vie, le seul chemin que j'emprunte et qui me permette d'avancer, c'est celui qui est devant moi. Je laisse le destin jouer son rôle parce que je crois fortement qu'un chemin est déjà tracé pour chacun d'entre nous.

II faut toujours croire en ses rêves; sinon, on ne pourra jamais connaître l'extraordinaire sensation qu'on éprouve à les réaliser.

Si j'avais dû choisir entre ma famille et ma carrière, il est probable que j'aurais choisi ma famille.

Il ne faut pas se laisser abattre par un échec. Il faut toujours continuer de foncer. Si l'on s'arrête aux échecs d'aujourd'hui, on ne pense pas aux réussites de demain.

Je pense que les gens ont beaucoup plus un coup de coeur pour le naturel que je dégage que pour mon apparence physique.

Je suis une femme fidèle et j'aimerais que mon compagnon le soit aussi. Je dois pouvoir lui faire confiance.

Je suis maintenant dans le monde du vedettariat, mais mon coeur de femme est toujours le même, et je ne regarde pas en l'air pour autant De plus, je dissocie très bien ma vie pesonnelle de ma carrière. Quand je chante, je suis fidèle à mon micro, mais quand je rentre à la maison, je m'appartiens totalement.

Pour dire bonjour à un ou une ami(e), je l'embrase se sur les deux joues; c'est mon geste affectueux.

Je crois que les gestes affectueux font partie de ma nature. J'aime serrer les gens dans mes bras. Lorsque je travaillais au magasin de mon père, je souriais à tout le monde. Aujourd'hui encore, je souris en me levant le matin.

Il peut m'arriver de me lever du mauvais pied, comme tout le monde, mais c'est très rare. Ma mère me dit que je souris même quand je dors.

Je ne me suis jamais fait d'illusions. Je n'ai jamais rien tenu pour acquis. Une chose est certaine, tout m'arrive à la vitesse de l'éclair. J'ai mis tout mon coeur dans mon travail, et ça me procure un sentiment indescriptible de voir que le public reconnaît mes efforts.

Aujourd'hui, j'ose croire que je recolte ce que j'ai semé au cours des dernières années.

Les critiques, je les prends comme elles viennent. Quand elles sont justes et qu'elles m'aident à me corriger, je m'y arrête. Si c'est gratuit, je tourne la page. Chose certaine, jamais je ne serai atterrée en raison d'une mauvaise critique. Je pèse le pour et le contre, j'analyse... et je continue.

Je suis croyante mais non pratiquante. Je ne vais pas à l'église et je ne prie pas. Mon degré de croyance n'est pas aussi élevé que celui de la majorité des gens. C'est-à-dire que je ne crois pas qu'il existe un être supérieur qui tire les ficelles. Je crois plutôt qu'au fil des siècles l'homme a joué son rôle et qu'il est responsable de sa propre évolution.

Tous les métiers sont d'égale importance. Il s'agit seulement d'être heureux dans ce que l'on fait, car ce que l'on choisit, c'est pour longtemps.

Une grande vérité, c'est qu'il faut apprendre à s'aimer et à vivre nos valeurs les plus profondes afin d'aimer notre prochain. De cette façon, on réussit à aller toujours plus loin, et c'est mon but.

Je dirais que, en général, je pèse toujours le pour et le contre d'une situation. Avant d'agir je réfléchis.

Mes parents m'ont surtout appris qu'il ne faut rien tenir pour acquis dans la vie et que l'on doit sans cesse continuer de se battre pour conserver ce que l'on a gagné, que ce soit le succès, l'amitié ou l'amour. Ces valeurs sont profondément ancrées en moi, et l'humilité et la simplicité sont désormais des qualités naturelles chez moi.

II faut tout de même faire les bons choix. C'est ça le plus dur. Par exemple, je me dis que, si j'ai réussi a réaliser mon rêve de chanter, c'est parce que j'y ai consacré beaucoup d'efforts et, surtout, je n'ai jamais perdu mes objectifs de vue.

Plus on vieillit, plus on devient réaliste. Nos rêves d'enfant s'évaporent. Lorsque j'étais petite, je rêvais d'être une princesse avec de belles grandes robes. Encore aujourd'hui, j'aimerais aller à un vrai bal où tout le monde serait vêtu comme ça. Juste pour le plaisir de le faire. Ça doit être mon côté enfant qui persiste.

Je n'aime pas me sentir épuisée. C'est la seule chose, je crois, qui puisse me faire perdre ma bonne humeur, parce que je suis le genre de femme qui se lève toujours du bon pied.

La vie, c'est le plus beau cadeau que j'ai eu.

Moi, l'hebdo de la femme, vol 3, no 28 9 avril 1993