"J'ai envie de m'écouter"

Pendant plus d'un an, Julie Masse a suspendu sa vie professionnelle, évitant ainsi toute apparition publique. Si, d'après la majorité de ses admirateurs, elle a opté pour l'inactivité la plus totale au cours de cette période, la réalité, elle, est tout autre. Elle a été prise d'une véritable frénésie! Elle est devenue une boulimique de l'apprentissage, cumulant des cours d'anglais, de plongée sous-marine, de squash, de tennis et de conduite de moto, en plus de finaliser son premier album en anglais, Circle of One, auquel a étroitement collaboré Corey Hart.

Une fringale de connaissances qui ne s'est pas tarie depuis. Une soif de savoir qui, sans doute, enrobe sa vie d'équilibre, alors qu'elle est à se questionner sur son nouvel état de femme mariée un an à peine après avoir uni sa vie à celle de Sylvain Brault. En fait, des apprentissages si valorisants qu'ils lui font déclarer "Pour moi, l'année qui vient de s'écouler a été vraiment superbe. J'ai eu la chance de travailler avec des gens extraordinaires et je me suis permis de suivre plusieurs cours d'apprendre. J'ai vraiment développe un goût pour l'apprentissage."

Julie, quel a été ton premier centre d'intérêt?
J'ai suivi des cours de plongée sous-marine et j'ai adoré ça! Respirer sous l'eau est une expérience assez exceptionnelle. Et pouvoir admirer la faune aquatique comme je l'ai fait, c'est réellement extraordinaire!

Où es-tu allée?
Je me suis promenée dans les îles Vierges, d'île en île. Je suis allée à Sainte-Lucie, à Saint-Martin, à la Guadeloupe et à la Martinique. Au cours de ma première plongée, à Sainte-Lucie, j'ai eu peur. Je plongeais pour aller voir une épave à 80 pi sous l'eau. La visibilité n'était pas très bonne; je pouvais voir à peu près 30 pi autour de moi. Je regardais mon manomètre toutes les quinze secondes. J'avais peur de manquer d'air. Je paniquais. (rires) C'était une plongée plus ou moins réussie puisque, la première fois que tu plonges en mer, tu es confrontée à de nombreuses peurs, dont celle de rencontrer un requin! (rires) Des milliers de choses te passent par la tête quand tu es sous l'eau. Je n'ai donc pas vraiment apprécié cette première expérience, mais, ensuite, j'ai fait des plongées superbes au cours desquelles j'ai vu de magnifiques bancs de poissons. Ma plus belle plongée, je l'ai effectuée à Pointe-aux-Diamants.

As-tu séjourné longtemps à l'extérieur du Québec?
En décembre, je suis partie environ un mois et demi. Sylvain et moi, on a visité une quinzaine d'îles en voilier. C'était superbe! Ce voyage a vraiment été très beau.

Qu'est-ce qui t'a incitée à suivre des cours de plongée?
D'abord, je dois avouer que j'ai peur de l'eau et que je ne suis pas une très bonne nageuse. Comme je savais que j'allais me retrouver sur un bateau et que je ne me suis jamais sentie à l'aise ni sur l'eau ni dans l'eau, j'ai compris que le seul moyen de combattre ma peur était de suivre des cours de plongée. Et tout ça m'a énormément aidée. Pendant les cours, tu es toujours au seuil de la panique, comme si tes bonbonnes ne fonctionnaient pas. Tu apprends à partager ton air, à travailler à deux. Cet apprentissage m'a permis de combattre un peu ma peur de l'eau, mais je mentirais si je disais ne plus avoir peur du tout. (rires) Par contre, avec un équipement, des palmes et un masque, je me sens maintenant très à l'aise dans l'eau.

Quels autres cours as-tu suivis?
Deux mois de cours intensifs d'anglais axés sur la conversation chez Berlitz. J'avais des cours privés avec deux professeurs cinq heures par jour, quatre jours par semaine! C'était très bon pour moi parce que j'étais un peu gênée de parler en anglais. Quand tu ne maîtrises pas très bien une langue, tu crains toujours de faire des erreurs et que les autres rient de toi. Je voulais tellement bien parler anglais que j'ai appris rapidement. J'avais la volonté de le faire et un grand intérêt.

Es-tu une personne qui craint le jugement des autres?
Je ne dirais pas ça, mais il est normal, pour n'importe qui, de ne pas avoir envie de déplaire et de souhaiter plutôt donner le meilleur de soi. Pour moi... et les autres, je ne serais jamais capable de sortir un album qui ne me satisfasse pas. En faisant l'album en anglais, s'il y avait des choses qui ne nous plaisaient pas, on recommençait, même en sachant que ça pouvait coûter deux fois plus cher. L'important, c'était d'être satisfaits du résultat.

Dans le quotidien, as-tu peur du ridicule?
Non. Je n'ai jamais peur de sortir sans être maquillée. Au contraire! Non, je n'ai pas peur du ridicule. Mais c'est toujours gênant de te tromper quand tu souhaites bien faire quelque chose. Quand je m'engage dans un projet, je le fais à 100%. C'est important. C'est pour la même raison que je voulais être capable de parler anglais avant d'enregistrer Circle 0f One. J'aurais pu ne pas savoir et enregistrer quand même un album dans cette langue. C'est très faisable.

As-tu appris autre chose cette année?
Ah oui! J'ai aussi suivi des cours de moto! (rires) J'avoue que j'aime ça, mais qu'en même temps ça me fait trop peur! J'ai essayé ça parce que Sylvain en faisait et que je n'avais pas envie de monter simplement derrière lui. Je voulais contrôler ma propre moto, mais je me suis rendu compte à quel point on se sent fragile sur une moto et combien ça peut être dangereux. En moto, tu dois absolument tout voir et te concentrer sur la route. Et mon problème, c'est qu'en conduisant j'ai souvent un millier de choses en tête et que je suis distraite. Alors, imagine en moto! Je ne dis pas que je ne me promènerai jamais en moto, mais disons que ç'a été toute une expérience de le faire... (rires)

Est-ce très important pour toi de maîtriser la situation?
Je crois que oui. J'aime ça. Je ne me laisse pas manipuler facilement. J'ai mes convictions, mes idées, mes opinions et mes émotions, et je trouve que je ne dois pas me laisser influencer trop facilement par les autres. Si quelqu'un tentait de me faire croire que cette table en pin nature! est rouge, il n'y arriverait pas, maIgré des arguments apparemment solides, si je pense le contraire ou que je juge la réalité tout autre. Je me fais assez confiance; je fais confiance à mon jugement. Je suis une femme assez forte de tête, tu vois!

Est-ce pour cette raison que tu aimes le risque, mais le risques contrôlé?
Oui, mais sans doute aussi parce que je suis un peu peureuse. (rires) La moto est peut-être un risque contrôlé, mais je n'aime pas assez ça, comme je n'aime pas les avions. J'ai toujours eu peur de monter à bord d'un avion. C'est un risque pour moi.

Surtout, j'imagie, depuis le décès de ton père dans un accident d'avion...
Oui, mais j'avais déjà peur. D'ailleurs, j'ai toujours dit à mon père qu'il se tuerait en avion! J'avais peur de l'avion; c'était épouvantable! Mon père, Jean-Marie, avait son propre avion. Il a piloté pendant dix ans. Je ne voulais jamais aller au hangar quand il y était parce que j'avais peur qu'il m'embarque. Je ne suis jamais montée avec lui. Jamais! Tout le monde l'a fait, sauf moi. Il essayait toujours de me convaincre en me disant que c'était moins dangereux d'être en avion que de se promener en voiture. Peu convaincue, je lui répliquais toujours: "C'est ça! Faites vos accidents! Moi, je n'embarque pas!" Je suis hyper-peureuse. Les premières fois que l'ai dû prendre un avion pour aller à l'étranger, j'ai eu des sueurs froides. Et j'en ai encore! J'ai chaud, et le moindre craquement me rend folle! Pourtant, l'avion, je l'ai pris souvent! Surtout pendant ma dernière tournée au Québec. Mais je n'ai jamais combattu cette peur, même si je sais que les accidents sont rares.

T'ennuies-tu de lui?
C'est certain, mais il est constamment avec moi. Je le sens présent. Il est dans mon coeur et il y restera toujours. C'est quelqu'un qui a grandi avec moi, avec qui j'ai évolué. J'ai appris avec lui. Bien sûr, quand il se passe des événements dans ma vie, je me fais des réflexions comme: "Ah! Si je pouvais lui dire ou lui raconter telle chose! S'il pouvait me voir! Si je pouvais lui demander conseil. Si je pouvais..." Le départ de quelqu'un qui t'est cher est toujours difficile à accepter, que tu le veuilles ou non. Et on ne choisit pas le moment de son départ. Perdre quelqu'un de proche change énormément ta philosophie de la vie. Avant de perdre un des tiens, tu ne réalises pas vraiment que les gens autour de toi peuvent mourir. C'est comme quelque chose qui n'arrive qu'aux autres mais qui ne te touche pas réellement. Quand la mort frappe, tu changes vite d'opinion!

En quoi ton opinion a-t-elle changé?
Tu te dis que la prochaine fois, ce sera peut-être toi... ou ta mère. Ma mère, Nicole, est super-importante pour moi. Je lui dis constamment à quel point je l'aime. Et je ne cesserai jamais de le lui dire! Je veux qu'elle le sache. Et c'est la même chose en ce qui concerne mon fière, Denis, ma soeur, Hélène, et tous mes amis. Quand tu as côtoyé la mort, tes relations avec les gens que tu aimes se transforment. Tu es plus à l'écoute. Tout le monde prend vraiment une importance différente. Et à un certain moment, tu réalises aussi à quel point il est essentiel de vivre pleinement ta vie en faisant ce que ton coeur te dicte. Quand tu es à l'écoute de toi-même, tu vois les choses différemment. Je suis plus heureuse depuis que je le fais. Si j'ai envie de faire quelque chose, je ne m'empêche pas de le faire. C'est sans aucun doute parce que j'ai perdu mon père que je me sens plus vulnérable et que j'ai cette envie de m'écouter.

L'année qui vient de s'écouler a donc été une année de remise en question?
Oui, en raison de tout ce que j'ai vécu. Ç'a été une année où j'ai eu le temps de prendre un certain recul, de voir ce que j'avais fait de ma vie et de décider de ce que j'avais le goût de faire dans l'avenir. Mon album a occupé une grande place; on a travaillé des chansons qui étaient très près de moi. C'était une première que je souhaitais et un objectif qui n'était pas évident à atteindre, puisque l'album n'était pas fait dans ma langue maternelle.

Il a donc fallu qu'il y ait une très grande complicité entre vous tous!
J'ai eu cette chance parte que Corey a vraiment bien saisi le genre de personne que je suis. Et les chansons qu'il m'a écrites sont vraiment à mon image. Je suis très satisfaite de l'album, qui a été enregistré live. J'avais l'impression de monter un show. Les musiciens jouaient, et je chantais avec eux. On montait les tounes - parce que les musiciens ne les connaissaient pas -, on se faisait diriger par Corey et, quand tout le monde était prêt, on enregistrait. Ç'a été une nouvelle expérience. Et j'ai eu la chance de placer mon mot dans tout ça parce que Corey m'incitait à donner mon opinion. Pour la première fois de ma carrière, j'ai participé à la réalisation de mon album, de la première à la dernière note. J'étais toujours là. En plus, on déjeunait, on dînait, on soupait ensemble et on couchait tous dans la même maison! C'était vraiment une ambiance extraordinaire sur un site magnifique, Morin Heights. Nos relations de travail n'étaient donc pas stressantes. On ne sentait pas de pression. Personne n'avait un ego démesuré. C'était super!

L'année dernière a donc été très occupée.
Oui, j'ai même commencé à jouer au squash et, depuis deux semaines, je suis des cours de tennis! (rires)

De quoi es-tu le plus fière?
Je suis fière de ce que je suis, de la personne que je suis devenue. À l'école, par exemple, j'avais des amis qui prenaient de la drogue et qui me trouvaient pas mal straight de ne pas en prendre. Mais c'était contre mes convictions, et je ne l'ai pas fait. À un certain moment, je me suis demandé s'ils avaient raison, mais, au lieu de les écouter, je me suis écoutée, et j'en suis fière aujourd'hui. Je suis également fière de dire que je n'ai jamais sauté un cours de ma vie. Je trouvais ça épouvantable de ne pas se présenter à un cours. Pour moi, c'était la fin du monde. Et je suis fière d'avoir eu le courage de faire ça, malgré les autres. J'aimais apprendre et j'avais de très bonnes notes. Par conséquent, je me suis parfois sentie gênée d'être la petite bollée de la classe, la petite préférée des profs, et de constater que certains riaient de moi à cause de ça. J'étais incapable d'aller contre mes convictions pour leur faire plaisir. De tout ça, je suis très fière parce que je suis restée fidèle à ce que je suis.

7 jours, Vol 5 No 50, 22 octobre '94