"La vérité sur ma vie privée"

La lumière dans les yeux de Julie Masse est demeurée tout aussi lumineuse qu'à notre dernière rencontre, au mois d'avril dernier, alors qu'elle avait annoncé qu'elle était enceinte. Encore aujourd'hui, la jeune femme a les yeux couleur bonheur. Au cours d'une entrevue tantôt drôle, tantôt touchante, mais surtout crevante de vérité, celle qui occupe une place de choix dans le coeur du public québécois a apporté les précisions souhaitées quant à sa nouvelle vie, qui ressemble à un rêve éveillé.

Julie, le 8 juillet dernier, tu as donné naissance à ton premier enfant, une fillette qui se prénomme India. Comment s'est déroulé l'accouchement?
Ç'a été un moment merveilleux. D'ailleurs, étant positive de nature, je mentirais si je disais que c'était une étape que j'appréhendais. Évidemment, ça demeurait pour moi quelque chose d'inconnu, mais une fois en situation, je n'ai été habitée par aucune crainte, même si, au cours des derniers mois de ma grossesse, plusieurs personnes s'étaient fait un devoir de me dire que ce serait infernal et très éprouvant d'autant plus qu'il s'agissait d'un premier accouchement.

Il n'y a donc pas eu de complications?
Non, rien de particulier. Je n'ai pas été épargnée par les douleurs et j'admets que l'accouchement est un exercice épuisant qui sollicite beaucoup de nos forces, mais, pour être franche, c'est un prix à payer bien minime pour voir enfin le visage de ce petit être qu'on porte en soi depuis neuf mois. Je ne sais pas si mon seuil de tolérance à la douleur est plus élevé que chez d'autres personnes ou si j'ai été chanceuse pour un premier accouchement, mais la facilité avec laquelle j'ai donné naissance à India m'encourage à réaliser mon rêve d'avoir plusieurs enfants.

Il faut préciser qu'au cours des mois qui ont précédé l'accouchement tu t'étais volontairement retirée de la scène publique afin de ménager tes forces et de ne pas hypothéquer la fin de ta grossesse.
Je ne sais pas s'il y a là un lien avec le fait que l'accouchement s'est bien déroulé, mais c'est vrai que j'ai abordé ma grossesse avec beaucoup de sérieux. D'ailleurs, dès que j'ai su que j'étais enceinte, je me suis montrée très consciente de mes nouvelles responsabilités et de mes devoirs de femme enceinte. J'ai porté plus d'attention à mon alimentation, en mangeant notamment plus de fruits et de légumes, et j'ai aussi fait preuve de grande prudence pendant mes activités quotidiennes. Au cours des derniers mois de ma grossesse, je cherchais constamment à protéger mon ventre et l'enfant que je portais. J'avais peur de conduire la voiture par crainte qu'il m'arrive quelque chose de fâcheux et même de traverser un coin de rue. Je ne sais pas s'il faut mettre ça sur le compte de l'instinct maternel, mais, chose certaine, je me suis toujours sentie infiniment responsable de cet enfant.

Qu'as-tu ressenti pendant les secondes qui ont suivi la naissance de ta fille quand on l'a posée tout contre toi?
(Avec un large sourire:) C'était magique. Il faut vraiment avoir porté un enfant dans son ventre et l'avoir senti vivre pour comprendre cette manifestation de la vie parce qu'il n'y a rien qui se compare à cela. Maintenant que j'ai vécu l'expérience, je peux dire que ce que j'ai vécu pendant ma grossesse et l'accouchement ne ressemble en rien à ce que j'avais imaginé. Mes amies qui ont eu des enfants ont eu beau m'en parler pendant des heures avec une multitude de détails, il reste que leurs propos n'ont pas réussi à décrire ce que j'ai vécu le 8 juillet dernier pendant la naissance d'India. Mais ça, je l'ai su seulement après avoir accouché. Les mots peuvent difficilement traduire ce qu'une femme ressent lorsqu'elle porte un enfant et qu'elle donne la vie. Il faut vraiment passer par là pour savoir à quel point, sur le plan des émotions, c'est à la fois unique et merveilleux.

Peux-tu quand même essayer du nous exprimer le souvenir que tu garde de cet instant où tu as enfin pu tenir ta fille dans tes bras?
J'ai aimé India d'un amour inconditionnel dès le jour ou j'ai appris que j'étais enceinte. D'ailleurs, pendant ma grossesse, je lui parlais tendrement, tout en caressant mon ventre. J'étais déjà totalement dévouée au bien-être de l'enfant que je portais. (Après une pause:) Quand j'ai enfin pu la prendre dans mes bras, j'ai vécu une manifestation d'amour incroyable. J'ai vraiment senti qu'India m'aimait déjà de tout son être.

Et j'imagine que tu as aussitôt oublié les douleurs du l'accouchement...
Absolument! J'ai tout oublié des haut-le-coeur que j'avais eus au début de ma grossesse, tout comme les malaises aux jointures et aux jambes que j'avais eus au cours des semaines qui avaient précédé l'accouchement. Et quant aux douleurs ressenties à l'accouchement, je le répète, si c'est le prix à payer pour avoir droit à un tel bonheur et à la concrétisation d'un tel rêve je suis prête à recommencer n'importe quand. Cela dit j'avoue qu'après l'accouchement j'étais totalement épuisée, mais c'est un épuisement dont on retire énormément de satisfaction. C'est une espèce d'abandon dans l'amour. (Après une pause) Oui, c'est vraiment ça: l'abandon dans l'amour. Il n'y a rien de comparable à cela. Tu sens vraiment la vie prendre tout son sens.

À votre arrivée à l'hôpital, Corey et toi étiez un couple, tandis qu'à votre sortie, vous étiez désormais une petite famille.
Exactement! Ce n'est pas fantastique, ça? (Rires)

Puisqu'il est question de Corey, a-t-il assisté à l'accouchement?
Oui. Cette étape de vie était tout aussi importante pour lui que pour moi, et pour rien au monde il n'aurait manqué la naissance de notre premier enfant. C'était important pour lui de partager ce moment magique avec moi.

Comme on le sait, votre fille se prénomme India. Qu'est-ce qui vous a motivés à choisir ce prénom?
À ce sujet, on me permettra d'être discrète. Tout ce que je peux dire, c'est que le choix de ce prénom est relié à un précieux moment entre Corey et moi, à un souvenir qui a une importante valeur sentimentale pour nous, mais je ne veux pas en dire plus. Chose certaine, nous n'avons pas choisi ce prénom à la légère: il a une très grande signification pour nous.

Même si tu commences à peine à te familiariser avec ton rôle du mère, aimerais-tu avoir d'antres enfants?
Absolument! Il n'y a aucun doute dans mon esprit: je veux avoir plusieurs enfants. Ce désir est sans doute relié au fait que je me suis toujours sentie très prés de mon frère, Denis, et de ma soeur, Hélène, qui sont tous deux mes aînés. Ils ont joué et jouent encore un très grand rôle dans ma vie, et j'aimerais qu'India ait la chance de vivre pareille relation. Pour l'avoir vécue, je trouve que c'est très important dans le cheminement d'un enfant.

À quel niveau, particulièrement?
Je pense, entre autres, aux années qui marquent l'adolescence. À cette période, je crois que les jeunes sont davantage portés à confier leurs secrets et leurs sentiments à leurs frères ou à leurs soeurs plutôt qu'à leurs parents, car ils craignent souvent la réaction de ces derniers. L'important, à mon avis, lorsqu'on est jeune, c'est qu'on devrait pouvoir échanger, partager ce que l'on vit. Un frère ou une soeur peut jouer un rôle bénéfique dans ce sens-là. Mon intention d'avoir plusieurs enfants est également motivée par le fait que j'ai vraiment le goût de m'épanouir en tant que mère de famille.

La naissance d'India a-t-elle éveillé chez-toi une façon de faire ou des comportements qui t'étonnent?
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'India a fait de moi sa grande protectrice. Ma fille, je la protège comme une louve protège ses louveteaux. Rien de moins! D'ailleurs, au cours des deux premières semaines qui ont suivi sa naissance, j'acceptais difficilement de voir ma fille dans les bras d'une autre personne que Corey ou moi. Même lorsque les membres de ma famille s'approchaient de la petite, je ressentais un certain malaise. Parfois, on me disait: "Julie, est-ce qu'on peut la prendre dans nos bras?" Je finissais toujours par dire oui, mais intérieurement, j'avoue que je n'aimais pas ça et que j'étais totalement déchirée. (rires) Je sais que ce n'est pas gentil, et je me suis même sentie très coupable de cela, mais c'était totalement inconscient de ma part. J'avais juste le réflexe de repousser les gens et de les tenir à l'écart d'India. Mais là, ça va. Ce sont les deux premières semaines qui ont été les plus difficiles.

À ton avis, à quoi cela était-il attribuable?
Probablement au fait que tu attends tellement longtemps avant de pouvoir tenir toi-même ton propre enfant dans tes bras que, au cours des jours qui suivent sa naissance, c'est comme si tu devenais insatiable de sa présence. Chaque fois que quelqu'un prenait la petite ou en était près, j'avais l'impression qu'on m'enlevait une partie de mon bonheur ou que j'étais obligée de le partager. Et ça, pour être bien franche, je n'y étais pas prête.

Es-tu devenue plus émotive depuis sa naissance?
Maintenant, ça va mieux. (rires) Mais pendant la grossesse et ces quelques jours qui ont suivi la naissance d'India, j'avais la larme facile. Si je voyais la petite pleurer, plus souvent qu'autrement, je pleurais avec elle. Je veux tellement qu'elle soit bien et qu'elle ne manque de rien!

J'imagine qu'elle occupe constamment tes pensées et que le seul fait de ne pas être à ses côtés te pèse lourd?
Tout à fait. Je ne cache pas que c'est extrêmement difficile de ne pas l'avoir à mes côtés. Chaque fois que je quitte la maison, je ressens un véritable déchirement. (Comme si elle sentait le besoin de justifier ses états d'âme:) Je crois que c'est normal de réagir ainsi, après tout, depuis sa naissance, il n'y a plus rien de pareil. (À voix basse:) Il y a tellement d'amour entre Corey, l'enfant et moi que, chaque fois que j'ai à les quitter, c'est comme si on m'arrachait quelque chose d'infiniment beau et précieux.

Cette situation s'explique aussi par le fait que ta souhaites être présente à chacune des étapes qui marquent l'évolution de ta fille, n'est-ce pas?
Évidemment! La petite est maintenant âgée de trois mois, et c'est incroyable la rapidité avec laquelle un enfant évolue à cet âge-là. Récemment, India a commencé à découvrir ses mains. Elle a également commencé à se rendre compte que lorsqu'elle émet des sons, elle obtient une réponse de notre part. Présentement, son principal objectif, si je peux m'exprimer ainsi, c'est d'arriver à s'asseoir toute seule. (rires) C'est tout un spectacle que de voir un enfant aller de découverte en découverte. Et puis, elle a un de ces sourires! (rires) Lorsque je lui dis que je l'aime beaucoup et qu'elle me répond par un large sourire, il y a de quoi me faire chavirer le coeur.

Pour toi, c'était un objectif de ne pas attendre trop longtemps avant de connaître les joies de la maternité, pas vrai?
Oui, c'est exact. J'ai 25 ans, et j'avoue que ce que je vis correspond à ce que j'ai toujours souhaité vivre. Je n'ai jamais voulu avoir une trop grande différence d'âge avec mes enfants. Peut être est-ce pour faire comme ma mère. Chose certaine, je ne me sens pas trop jeune pour assumer mes nouvelles responsabilités. Loin de là, Je suis totalement à l'aise dans cette nouvelle aventure et, pour tout dire, je me débrouille très bien.

Tu dois d'ailleurs être à l'étape plate où tout le monde te dit quoi faire en y allant de ses petits conseils...
Je suis effectivement passée par là, mais fort heureusement, je pense que tout le monde de mon entourage a compris que, pour assurer le bien-être d'India, j'avais la ferme intention d'écouter d'abord et avant tout ce que mon coeur et mon instinct me dictaient. Évidemment, je ne refuse pas d'écouter les conseils mais c'est à mon jugement que je fais confiance. Après tout, les deux personnes qui connaissent le plus India, ce sont Corey et moi. Et puis sans prétention, je me plais à croire que chaque enfant est unique et que chaque nouveau né est différent des autres.

Parallèlement à ce nouveau rôle de mère, quelles sont les nouvelles passions qui t'animent?
(Étonnée par la question:) Mille et une choses, mais depuis quelques mois, et plus particulièrement depuis que j'ai choisi de me faire discrète sur la scène professionnelle, je ressens le besoin de satisfaire ma grande curiosité envers de nouvelles connaissances. Depuis près de six ans, j'ai dû délaisser un tas de choses ou, du moins, les mettre en veilleuse, afin de me consacrer au développement de ma carrière. En fait, au cours des dernières années, toute ma vie a tourné autour du show-business avec pour résultat que, présentement, je suis curieuse de tout et que j'ai le goût de renouer avec ce que, par la force des choses, j'ai un peu mis de côté au fil des ans.

Est-ce à dire que tu songes à un retour aux études?
Non. Je ne crois pas que je retournerai sur les bancs d'école. Ma démarche ressemble beaucoup plus à celle d'une autodidacte. Ainsi, je peux vraiment me concentrer sur les sujets qui me passionnent, tels que l'histoire, la géographie, etc. Étant extrêmement curieuse de nature, c'est une façon de me ressourcer et aussi de ne pas tomber dans le piège de m'intéresser exclusivement à ce qui se déroule sur la scène artistique, comme ce fut le cas depuis 1990. En fait, mon but est simplement de renouer avec mes différents centres d'intérêt.

Tu viens de faire allusion au rythme de vie effréné que tu as connu au cours des dernières années. Sur le plan professionnel, avec quel aspect du métier as-tu su le plus de difficulté à composer depuis le début de ta carrière?
Étant donné que je suis de nature très discrète et que je n'aime pas vraiment être le centre d'intérêt, je dirais que ce qui n'a jamais été facile pour moi est d'être reconnue partout où je vais et, surtout, que les gens en sachent beaucoup sur ma vie. Évidemment, les gens sont gentils et j'ai toujours droit à de bons mots, mais, pour être franche, je n'ai jamais vraiment été à l'aise avec le fait que, peu importe où je me trouve, il y a quelqu'un qui sait presque tout de ma vie, au point même de penser que je lui appartiens. Ça demeure un aspect du métier que je n'ai toujours pas réussi à apprivoiser. Encore là, c'est quelque chose qu'il faut avoir vécu pour en comprendre toutes les dimensions. C'est vraiment particulier de savoir que partout où tu te trouves, tu n'es pas vraiment anonyme.

Il faut savoir que, contrairement à bien d'autres interprètes, faire carrière en tant que chanteuse n'a jamais été le plus grand de tes rêves, n'est-ce pas?
Exactement! Faire cette carrière n'a jamais été pour moi un absolu. Évidemment, j'exerce mon métier avec beaucoup de plaisir et j'apprécie au plus haut point tout ce que je vis, mais honnêtement, mon objectif n'a jamais été d'être sous les feux de la rampe, comme ce fut le cas dès le lancement de la chanson C'est zéro, et encore moins d'être le modèle ou l'idole de qui que ce soit. Encore là, ce n'est pas dans ma nature. C'est le succès de C'est zéro et de mon premier album qui a tout changé.

En fait, c'est ce succès soudain et tellement rapide qui t'a condamnée aux projecteurs de toutes sertes. Et, à partir de ce moment-là, ta n'as pas vraiment eu le choix de suivre le courant, si je peux dire.
C'est exactement ça. Avant même que j'aie eu le temps d'en prendre conscience, j'étais embarquée dans cette grande roue, et j'ai dû composer avec la situation. Au début, c'était comme un rêve éveillé et bien au-delà de tout ce que j'avais pu m'imaginer, mais, en raison de ma nature, c'est quelque chose qui est rapidement devenu essoufflant et exigeant. Je ne dis pas ça pour me plaindre de quoi que ce soit, loin de là. Je veux juste être honnête avec les lecteurs en leur expliquant clairement ce que j'ai vécu depuis le début de ma carrière. Pour moi, comme je le disais, être une chanteuse soliste à succès n'a jamais été mon intention première. D'ailleurs, pour bien me faire comprendre, je dois préciser qu'avant de faire carrière sur disque je faisais partie d'un groupe en tant que choriste. C'était l'endroit ou je me sentais le plus à l'aise parce que, de cette façon je pouvais m'amuser à chanter sans pour autant subir le poids d'être le principal centre d'intérêt. Dans le groupe, c'était le rôle de la chanteuse soliste. Or, je me souviens que, parfois elle me demandait de faire la présentation de certaines chansons et, chaque fois, lorsque j'arrivais pour parler au public, je figeais. J'étais profondément mal à l'aise. En fait, comme je le disais c'est l'ampleur du succès de la chanson C'est zéro et de mon premier album qui a tout déclenché.

D'ailleurs, de mémoire, je n'ai jamais vu, au cours des dernières années, quelqu'un connaître un succès aussi rapide que le tien. C'est incroyable, la vitesse avec laquelle tu as quillé l'anonymat!
Moi, si mon premier album n'avait pas connu le succès espéré, j'aurais probablement choisi de faire carrière entant que choriste afin de me rapprocher de ce qui correspond le plus à ma nature. Cela dit, je n'ai jamais vraiment eu d'attentes face à ma carrière, d'où le fait que je n'ai jamais vraiment été déçue.

À la lumière de tes propos, on devine que le travail sur scène doit être pour toi particulièrement exigeant.
Présenter des spectacles a toujours été ce que j'ai trouvé le plus difficile à faire, à cause de ce que je viens d'expliquer. Et puis, je n'ai pas à le cacher, je sais très bien que je n'ai pas sur scène l'aisance d'un Jim Corcoran, par exemple, qui, dès que les projecteurs s'allument, se met à chanter et à parler avec le public comme s'il était dans son salon. Pour moi, c'est plus difficile.

Hormis ce travail sur scène, que trouves-tu de particulièrement difficile dans le fait d'évoluer dans le monde du show-business?
Ce que je trouve difficile, c'est que, comme bien d'autres artistes, je suis constamment analysée par les gens de l'industrie. Je ne parle pas ici du public, mais bien des gens du milieu. On sent qu'on est constamment passés à la loupe et regardés au microscope. Il faut toujours être belle, gentille, être à son meilleur. Il y a toujours un vent de critique qui flotte dans l'air; tu es constamment jugée. C'est loin d'être facile, d'autant plus que je suis une personne hypersensible. Je ne suis pas capable de me faire une carapace face aux opinions et aux commentaires des gens. À mes débuts, comme j'avais beaucoup de succès sur disque, on voulait que, sur scène, je sois aussi bonne et expérimentée qu'une Marjo ou une Céline Dion. Ce n'est pas comme ça que ça marche! C'est aussi un milieu où le paraître est très important. Il est donc facile de se laisser prendre au piège et de finir par s'habiller d'une certaine façon ou d'adopter un certain comportement, simplement dans le but de plaire aux autres, d'où les risques d'essoufflement auxquels je faisais allusion.

On sent toutefois que tu as pu échapper à ce piège et que le succès ne t'a jamais monté à la tête, comme c'est malheureusement le cas pour bien d'autres.
Là-dessus je dois dire que, de nature, je sais garder la tête froide. J'ai toujours été capable de faire preuve de détachement face à ce succès. Probablement parce que je suis habitée par des valeurs profondes et que ma vie et mon bonheur ne reposent pas uniquement sur ce que je vis sur la scène artistique. Je me plais à croire que je ne me suis pas réalisée uniquement dans ma vie professionnelle, mais tout autant dans ma vie personnelle. Mais le piège est bel et bien là.

Au cours des derniers mois, il a été écrit que tu abandonnerais sous peu ta carrière pour te consacrer à ta vie familiale. Y a-t-il du vrai là-dedans?
Aucune décision n'a été prise en ce sens. Actuellement, je reprends la promotion de l'album Circle Of One en présentant notamment au public la chanson I Will Be There, écrite en hommage à mon père. D'ailleurs, à ce sujet je dois dire que, sur l'album, c'est ma chanson préférée; elle me touche particulièrement. Par la suite, je travaillerai à la production de mon nouvel album, qui sera en fait une compilation de grands succès, auxquels s'ajouteront quelques nouvelles chansons. La sortie de ce nouvel album est prévue pour le printemps prochain.

Il n'est donc aucunement question que tu quilles la scène musicale.
C'est certain qu'actuellement ma nouvelle vie familiale s'avère ma priorité. Je mentirais si je disais le contraire. D'ailleurs, mon gérant essaie d'organiser le mieux possible mon horaire en conséquence. Il sait très bien que j'ai de la difficulté à quitter ma fille et il comprend la situation. Alors, pour ce qui est de ma carrière, c'est sûr que, de l'extérieur, la situation peut paraître ambiguë, mais, en ce qui me concerne, même si rien n'est planifié à long terme, je n'ai en aucun temps pris la décision de me retirer de la scène musicale. Cela dit, comme j'ai vraiment l'intention d'avoir d'autres enfants, il n'est pas impossible qu'à un moment donné, question de m'épanouir et de m'investir pleinement dans cette vie de famille, je décide de me retirer pour une période qui pourrait aller jusqu'à environ deux ans. Ça, mon équipe et moi, on en est parfaitement conscients, d'où le fait que, pour l'instant, rien n'est planifié à long terme. C'est ça, la vérité. C'est ça, le portrait de la situation.

Ça ne peut pas être plus précis...
Ce que je veux expliquer au public, c'est qu'au cours des derniers mois j'ai vraiment apprécié ces jours passés loin du tourbillon de la scène artistique, j'ai vraiment profité de ce petit cocon dans lequel je vis le grand amour. Aussi, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve. J'en suis d'ailleurs un bel exemple. Moi, si quelqu'un m'avait prédit tout ce qui m'est arrivé au cours des deux dernières années, je l'aurais immanquablement traité de fou. Et pourtant! Alors, je veux laisser la vie jouer son rôle; je ne veux rien provoquer ni brusquer. Si, a un moment donné, il faut que j'arrête deux ou trois ans, eh bien, je prendrai le temps qu'il faut pour vivre ce que j'ai à vivre. Ce que je viens de créer avec Corey est tellement précieux pour moi que je veux le protéger de tout mon être. Et lorsque je sentirai qu'il est temps pour moi de revenir à la chanson, je ferai ce qu'il faut. Probablement que je reviendrai plus forte parce que j'aurai un nouveau bagage d'expériences et que j'aurai de nouvelles choses à dire. Mais, pour l'instant, je refuse de voir les choses à long terme.

Et puis, soyons honnêtes, à bien y penser, tu n'as pas à annoncer si oui ou non tu te retires de la scène musicale.
Comme je le disais, ce n'est pas parce qu'on se retire pour une période de deux ou trois ans qu'on prend sa retraite pour autant. Il n'est donc absolument pas question, pour moi, de tirer un trait sur ma carrière. Et lorsque j'aurai, dans un quelconque avenir, à effectuer un retour, je voudrai une fois de plus le faire entourée de l'équipe qui est à mes côtés depuis mes débuts, car ce sont des gens en qui j'ai pleinement confiance et qui ont eu la délicatesse, au cours des derniers mois, de comprendre ma situation, même si ma nouvelle vie a quelque peu changé leurs plans. Je leur en suis extrêmement reconnaissante.

Au cours de ton absence, il a aussi été écrit que tu avais changé de religion. Qu'en est-il exactement de cette rumeur?
Elle est totalement fausse. Je ne sais vraiment pas où les journalistes vont chercher des histoires semblables! Je trouve ça profondément déplacé et de mauvais goût d'écrire de telles choses. À un moment donné, j'ai même songé a intervenir publiquement pour inviter les gens à ne pas porter attention à ces écrits ridicules, mais j'ai révisé ma position parce que j'ai eu peur de jeter de l'huile sur le feu. Pour m'exprimer, j'attendais d'avoir la bonne tribune. Voilà! le public sait maintenant à quoi s'en tenir. (rires)

En terminant, qu'en est-il de ces informations qui circulent à l'effet que tu te serais remariée récemment?
Encore une fois, c'est totalement faux. Honnêtement, mis à part le fait que j'ai donné naissance à une merveilleuse petite fille, il n'y a pas beaucoup de choses véridiques qui ont été écrites a mon sujet au cours des derniers mois. (rires) Au sujet de ces rumeurs de mariage, il n'y a rien de vrai là-dedans. Corey et moi, nous sommes effectivement très amoureux l'un de l'autre, et India est, pour nous, un magnifique trait d'union, mais, pour l'instant, il n'est pas question de nous marier. Il ne faut pas oublier que, pour nous deux, nos séparations sont encore récentes. Aussi, on ne veut rien précipiter. Et puis, pour être bien franche, Corey et moi, on a vraiment le sentiment d'être mariés. Présentement, on ne ressent pas le besoin de légaliser notre union par le mariage. Il n'est pas dit qu'on n'en arrivera pas là un jour, mais pour l'instant, ça ne nous occupe pas l'esprit. Qui sait, c'est peut-être India qui, dans cinq ans, nous incitera à le faire! (rires)

7 jours, Vol 6 No 51, 28 octobre '95